Dans une vallée norvégienne entourée de sommets abrupts, certains des meilleurs traileurs du monde ont développé une manière particulière de s’entraîner. Jonathan Albon, Ida Nilsson et Petter Engdahl sont au cœur du documentaire The Romsdal Method, réalisé par Hans Kristian Smedsrød, qui suit leur préparation à la Western States Endurance Run 2024.
La Romsdal Method, c’est quoi exactement ?
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la Romsdal Method n’est pas une méthode d’entraînement codifiée avec un programme précis à reproduire semaine après semaine.
Elle désigne plutôt une philosophie d’entraînement développée autour de Romsdal, en Norvège, où vit une communauté exceptionnelle de sportifs de montagne. Le réalisateur explique d’ailleurs que le titre est apparu progressivement : son film cherchait précisément à comprendre pourquoi autant d’athlètes de très haut niveau réunis dans cette petite vallée obtenaient de telles performances.
Beaucoup d’endurance, mais pas seulement en courant
Premier enseignement : courir davantage n’est pas nécessairement l’objectif.
Pendant une partie de l’hiver, les athlètes de Romsdal pratiquent énormément le ski-alpinisme. Ida Nilsson, par exemple, réalise une part importante de son volume hivernal sur les skis. Jonathan Albon explique lui aussi qu’en dehors d’une préparation spécifique comme celle de Western States, il passerait volontiers davantage de temps à skier.
Cette diversité permet d’accumuler un volume considérable d’activité d’endurance sans que l’intégralité de celui-ci repose sur la course à pied.
Le principe rejoint le témoignage d’Ida Nilsson : les fondamentaux restent beaucoup d’endurance facile, quelques séances de qualité et régulièrement de longues journées d’entraînement.
La montagne comme terrain d’entraînement
Romsdal offre surtout un gigantesque terrain de jeu naturel.
Trail, ski-alpinisme, longues ascensions, descentes techniques et sorties de plusieurs heures font partie du quotidien. La montagne ne constitue donc pas uniquement le décor de l’entraînement : elle contribue directement à sa diversité.
Mais cette recherche d’aventure ne signifie pas que les séances structurées disparaissent.
Petter Engdahl décrit par exemple une séance caractéristique associant montées et descentes en montagne puis intervalles rapides sur terrain plat. Jonathan Albon utilise également le tapis roulant pour réaliser des entraînements extrêmement spécifiques.
On retrouve donc une combinaison intéressante :
volume + variété + spécificité.
Savoir adapter son entraînement
Autre caractéristique importante : la flexibilité.
En montagne, les conditions météorologiques ou l’état de la neige peuvent remettre en cause un programme prévu plusieurs jours auparavant. Ida Nilsson explique ainsi qu’une séance de ski peut être remplacée par du tapis, une séance consacrée à la chaleur ou même du repos.
La planification existe donc, mais elle ne devient pas une contrainte absolue.
L’athlète conserve la capacité d’adapter son entraînement à son environnement, à ses objectifs et à son état du moment.
S’entraîner spécifiquement pour la course
La Romsdal Method ne signifie pas non plus « partir toute la journée jouer dans les montagnes ».
Lorsque l’objectif approche, l’entraînement devient beaucoup plus spécifique.
Pour préparer Western States, Jonathan Albon réalise notamment davantage de course à pied et du heat training, indispensable pour préparer son organisme aux températures élevées rencontrées sur cette épreuve californienne. Le réalisateur Hans Kristian Smedsrød souligne précisément cette capacité d’Albon à effectuer le travail spécifique nécessaire, même lorsqu’une sortie à ski serait plus agréable.
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de cette approche : l’entraînement général construit l’athlète ; l’entraînement spécifique prépare la course.
Le collectif comme moteur de performance
Il existe enfin une dimension beaucoup moins quantifiable : la communauté.
Albon, Nilsson et Engdahl évoluent dans un environnement où vivent ou s’entraînent plusieurs athlètes internationaux, dont Kilian Jornet. Engdahl explique ainsi considérer les autres athlètes davantage comme des coéquipiers, presque comme une famille, que comme des concurrents.
Cette proximité crée naturellement une culture de performance.
Les athlètes peuvent partager certaines sorties tout en conservant leurs propres programmes. Nilsson précise d’ailleurs que chacun suit son propre plan : la Romsdal Method n’est donc certainement pas un programme collectif uniforme.
Romsdal Method et Norwegian Method : attention à la confusion
Il ne faut surtout pas confondre Romsdal Method et Norwegian Method.
La Norwegian Method, popularisée notamment dans les sports d’endurance, est fréquemment associée à une organisation très précise des intensités, au travail au seuil, aux doubles séances de seuil et à l’utilisation des mesures de lactate.
La Romsdal Method présentée dans le documentaire est beaucoup moins normative. Le film s’intéresse davantage à l’environnement, la polyvalence, l’endurance, la montagne, la communauté et l’individualisation de l’entraînement qu’à une recette physiologique précise.
Que peut en retenir un traileur amateur ?
Il serait évidemment absurde de copier le volume d’entraînement d’athlètes professionnels. En revanche, plusieurs principes sont transposables.
Un traileur amateur peut retenir l’intérêt de construire une importante base d’endurance à faible intensité, de varier les activités, d’intégrer régulièrement du dénivelé et des sorties longues, de conserver quelques séances qualitatives et surtout de rendre progressivement son entraînement spécifique à l’épreuve préparée.
La leçon la plus intéressante est peut-être ailleurs : une bonne préparation trail ne se résume pas au nombre de kilomètres affiché sur Strava.
La régularité, l’environnement, la variété des sollicitations, le plaisir de pratiquer et la capacité à effectuer le travail spécifique lorsque celui-ci devient nécessaire constituent un ensemble beaucoup plus riche.
C’est finalement ce que raconte The Romsdal Method : moins une nouvelle recette miracle qu’une certaine conception de l’entraînement en montagne.
Sources
Le documentaire officiel The Romsdal Method, Hans Kristian Smedsrød : site officiel du film.
Emma Zimmerman, iRunFar, 4 juin 2025, « The Romsdal Method: Film Explores the Unique Training of Romsdal, Norway, Athletes for the 2024 Western States 100 ». Lire l’article iRunFar
Henrik Rostrup, Kadens Journal, entretien avec Hans Kristian Smedsrød sur la réalisation du documentaire et la culture d’entraînement de Romsdal. Lire l’entretien
Kadens Journal, entretien avec Ida Nilsson sur son entraînement, la flexibilité et les principes fondamentaux de l’endurance. Lire l’entretien avec Ida Nilsson

